Lucire
The global fashion magazine February 27, 2024 
Logan Loiselle

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Rendre le luxe unique

MODE Luxury Creative s’empare d’articles de luxe et les personnalise pour ses clients avec des œuvres d’art de haute qualité. Lucire s’entretient avec le fondateur et artiste Logan Loiselle au sujet de son travail, de son processus et de ses inspirations

Dans le numéro du mars 2023 de Lucire KSA

 

 

Logan Loiselle
 

Nous avons été intrigués dès que nous avons vu le travail de Luxury Creative. Il s’agit d’une société qui ajoute des touches uniques à des produits de luxe, en prenant des articles qui sont déjà chéris et précieux, et en y peignant des œuvres d’art. Les marques avec lesquelles Luxury Creative travaille sont notamment Louis Vuitton, Hermès, Chanel, Dolce & Gabbana, Gucci et Salvatore Ferragamo.

Logan Loiselle, le fondateur de Luxury Creative et l’artiste à l’origine d’une grande partie de son travail, comprend ce monde mieux que quiconque, puisqu’il a été un artiste autorisé pour Dolce & Gabbana et Louis Vuitton.

Originaire de Dallas, au Texas, Loiselle a commencé à dessiner très tôt – et ses œuvres ont été commercialisées alors qu’il était encore enfant. Les dessins de dinosaures qu’il a réalisés lorsqu’il était à la crèche se sont retrouvés sur les produits de l’école. Il s’est également inspiré de sa mère et du côté de sa famille, qui était artistique.

Il a continué à pratiquer son art pendant son enfance, mais n’a jamais reçu de formation formelle. Il déclare : « Depuis tout petit, j’ai toujours été fasciné par le dessin ou la peinture de choses réelles. Je me souviens qu’enfant, je m’asseyais sur le sol du salon pour dessiner mon grand-père, assis dans son fauteuil préféré, en train de fumer des cigarettes. Je dessinais également des personnages de films que je regardais. Par exemple, dans l’un des premiers films Batman où Arnold Schwarzenegger jouait le rôle de M. Freeze [Batman et Robin] – son costume était si complexe – je me souviens avoir été frustré par le fait que mes compétences en dessin n’étaient pas à la hauteur. On peut dire que j’étais dur envers moi-même à neuf ans. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai commencé à apprécier d’autres styles d’art, comme l’impressionnisme ».

Alors qu’il avait une vingtaine d’années, il a appris le tatouage. En 2016, il a déménagé à Los Angeles et, par l’intermédiaire d’un ami, s’est retrouvé à travailler avec Dolce & Gabbana. La marque avait une promotion où un artiste personnalisait un article pour un client, et face à un arriéré, Loiselle s’est retrouvé à aider l’artiste interne de D&G.

Ensuite, Loiselle a accepté une offre pour être l’artiste de Dolce & Gabbana lors d’un événement pop-up au Cæsar’s Palace à Las Vegas. Les clients choisissaient parmi une série de motifs et Loiselle les peignait, les personnalisant avec un nom ou une citation.

Par hasard, il a acheté quelque chose chez Louis Vuitton et a laissé sa carte, pour voir s’ils avaient du travail. Quelques jours plus tard, ils l’ont appelé pour lui demander s’il accepterait d’être leur artiste régional à Las Vegas, basé dans le centre de villégiature et le casino Aria, et de s’occuper des États voisins. Pendant les deux années suivantes, Loiselle a été l’artiste de Louis Vuitton.

Il y avait, bien sûr, des limites à ce qu’il pouvait faire. « Lorsque l’on travaille avec une grande marque de mode, certains modèles peuvent être inappropriés ou ne pas correspondre à ce que la marque veut représenter. Et je l’ai parfaitement compris. En tant que peintre maison, je ne compte plus le nombre de fois où un client m’a demandé : ‹ Pouvez-vous me peindre comme Rose sur le Titanic ? › [Rires.] Aussi flattant que cela puisse être, je devais refuser ».

Il ajoute : « Les grandes marques comme LV veulent éviter tout matériel protégé par des droits d’auteur, comme les personnages de Disney, les logos d’équipes sportives, les images inappropriées, etc. Il y a certaines images qui dépassent les limites et sont considérées comme relevant du domaine public, que j’ai pu peindre, comme Mona Lisa ou Marilyn Monroe, mais c’était à la discrétion du directeur du magasin d’approuver. La plupart du temps, les clients comprenaient ce qu’ils pouvaient et ne pouvaient pas faire ».

Finalement, Loiselle voulait plus que d’être l’artiste interne de Louis Vuitton. « D’abord, je voulais plus pour moi. Aussi prestigieux que cela puisse être d’être un peintre maison pour LV, c’était un poste limité. La première année et demie avec la marque a été la plus amusante que j’aie jamais eue, avec des rencontres avec des gens du monde entier, des voyages dans différents magasins phares du pays, toutes ces conversations. Quatre-vingt-quinze pour cent des gens qui entraient dans le magasin étaient époustouflés par ce que je faisais. Mais j’ai réalisé qu’il n’y avait aucun moyen de progresser à partir de là. Et c’est pourquoi j’ai décidé de me diversifier et de créer ma propre entreprise.

» Une autre raison est que j’ai d’abord accepté le poste d’artiste à Las Vegas sans me rendre compte à quel point je me sentais seul alors que tous mes amis et ma famille étaient à Los Angeles. Je ne faisais que travailler ; je ne bois pas et ne joue pas, alors j’avais beaucoup de temps pour moi.

» Il y a des choses qui me manquent dans le travail avec LV. Le personnel et le côté corporate de la marque étaient toujours si gentils, respectueux et agréables à côtoyer. Nous avons partagé des expériences cool ensemble et je les chéris ».

Ses toiles vont des sacs à main et des bagages aux vestes et aux chaussures de marque, en passant par les porte-passeports, les sacs fourre-tout, etc. On y trouve des images d’animaux, de fleurs, de symboles, de créatures – voire d’avions de chasse, de paysages urbains, de bijoux, de véhicules, sans oublier un astronaute et le boxeur Muhammad Ali.

Loiselle n’est pas seulement doué pour les images : il maîtrise le lettrage – qui est trop souvent l’élément qui peut gâcher une œuvre d’art par ailleurs parfaitement exécutée. C’est une compétence qu’il a acquise il y a une dizaine d’années : « Je sais que c’est un cliché, mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Le lettrage est délicat et honnête ; si les mesures ne sont pas correctes, l’œil s’en rendra compte ».

Le processus est loin d’être simple, d’autant que le travail de Loiselle est destiné à durer sur l’objet du client. Ce que les clients ne voient peut-être pas, c’est la préparation méticuleuse de chaque travail pour s’en assurer. « Avec les sacs à main de marque, lorsque j’applique un motif, j’enlève d’abord la finition d’usine avec de l’acétone ; cela n’abîme pas le sac ni son aspect. La plupart des sacs Louis Vuitton traditionnels sont en toile enduite. J’applique ensuite des couches de gesso, qui servent de support à la peinture. L’astuce consiste à appliquer la première couche très finement, en l’étalant presque sur la zone à peindre. Une fois l’apprêt effectué, j’applique plusieurs couches de peinture comme base, puis je travaille à partir de là. Enfin, j’utilise un vernis imperméable et résistant aux rayures pour le sceller ».

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Pour entrer dans sa zone de créativité, Loiselle peut s’inspirer des maîtres artistes. « Certains jours, je mets un documentaire sur Salvador Dalí ou Picasso et je l’écoute pendant que je peins. Je suis également inspiré par la réaction émotionnelle de mes clients et de mes admirateurs lorsqu’ils voient l’œuvre terminée. Le matin, après avoir pris mon café et mon croissant, je suis enfermé, prêt à peindre ».

En parcourant son catalogue, on constate que les commandes d’animaux de compagnie sont très populaires chez Loiselle. « La plupart des gens ne regrettent pas d’avoir fait peindre leur chien ou leur chat. Une de mes clientes, qui est devenue une bonne amie, a constitué une impressionnante collection de sacs Louis Vuitton sur lesquels j’ai peint ses chats abyssins ».

Tout n’est pas aussi mignon qu’un animal de compagnie aimé. « Un exemple extrême auquel je peux penser serait la tête de Jean-Baptiste sur une assiette, sur un Birkin exotique. J’aimerais pouvoir parler de celui sur lequel je travaille en ce moment, mais il n’est accessible qu’aux particuliers pour l’instant. Je dirai que c’est un Birkin xl et ma plus grande pièce jusqu’à présent ».

Au moment de l’interview, Loiselle travaillait à une exposition de son art à Los Angeles, présentant une collection de sacs et de toiles. L’artiste aux multiples talents travaille également dans le domaine du numérique, avec des NFT créés sur un Ipad à l’aide d’un programme appelé Procreate. « Il vous permet de créer des œuvres d’art numériquement, et une fois qu’elles sont terminées, vous passez par toutes les étapes pour en faire un NFT », explique-t-il.

Il n’est pas surprenant qu’il ait attiré des clients célèbres. « [Le rappeur, chanteur et musicien] Post Malone est quelqu’un que j’ai tendance à évoquer parce que c’est un gars tellement cool et terre à terre. Nous sommes tous deux originaires de Dallas et partageons des intérêts pour les équipes sportives de nos villes natales. J’ai peint pour lui une malle avec les trophées des Dallas Cowboys. Le rappeur Quavo de Migos est un autre nom. Toutes mes interactions avec lui ont toujours été amusantes ; j’ai peint un horizon LV pour lui.

« Je n’ai jamais rencontré personnellement ces célébrités, mais j’ai également peint des sacs pour Paris Hilton, Alicia Keys et Lizzo, pour n’en citer que quelques-uns. Et je travaille actuellement sur un modèle pour Sir Elton John ».

Face à une telle demande de la part de noms célèbres, ainsi que de clients qui tiennent à leur vie privée, M. Loiselle a engagé un certain nombre d’artistes qualifiés dans la région de Los Angeles pour réaliser les petites personnalisations, comme les empreintes de pattes ou les initiales. Cependant, il s’assure de parler avec chaque client potentiel et de répondre à toutes ses questions.

Il envisage de développer Luxury Creative à l’échelle mondiale, mais reconnaît qu’il peut être « éprouvant et coûteux » pour un client étranger d’envoyer un objet de valeur à Los Angeles pour qu’il soit achevé. La qualité du travail de Luxury Creative pourrait toutefois persuader ce client que l’effort en vaut la peine. •

 

 

 

Traduit par Alexander Guy.

 

 

 

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